Un peu d'histoire

La Clinique Villa des Pages se situe au Vésinet (Yvelines) et tire son nom d’un pavillon de chasse d’Henri IV situé à l’emplacement de l’actuel pavillon les Pages, où se seraient battus en duel deux pages du roi.

Fondée dans les années 1890 par le docteur Raffegeau, médecin psychiatre la Villa des Pages a été exploitée par le docteur Leulier, neveu du docteur Raffegeau, puis par le docteur Roger Leulier fils et son épouse Hélène, tous deux médecins psychiatres et psychanalystes.

La villa des Pages est entrée au sein du Groupe ORPEA-CLINEA en 2002.

Le Vésinet, endroit de prédilection : un site propice à la convalescence

L’établissement d’hydrothérapie du Docteur Raffegeau a contribué à l’image de marque du Vésinet.

Le Docteur Raffegeau n’a pas choisi la commune du Vésinet au hasard pour y installer son établissement d’hydrothérapie et de convalescence. En effet, l’empereur Napoléon III en 1855 ordonne par décret que soient établis deux asiles de convalescence, l’un à Vincennes, l’autre dans la forêt du Vésinet. Il y avait à cette époque une conception hygiéniste et une volonté nouvelle du corps médical d’éloigner les convalescents des malades. Une ordonnance royale de 1781 demandait d’établir des dépôts de convalescence dans les campagnes où l’air était pur et salubre.

C’est ainsi qu’après l’ouverture de l’asile de Vincennes en 1857, l’empereur décide en 1858 d’ouvrir l’asile du Vésinet aux ouvrières convalescentes du département de la Seine (actuel hôpital de Vésinet).

L’empereur Napoléon III à l’architecte Eugene Laval :

« Il faut éviter tout point de ressemblance avec un hospice ou une caserne ; offrir a chaque convalescent une chambre ou chambrée qui lui permet de rentrer dans les habitudes de la vie privée ; jeter partout la lumière et l’air, ménager de grands espaces, de vastes promenades ; éloigner tout aspect froid, triste et monotone. »

En 1802, Pinel dira dans son traité : « un aliéné n’a-t-il pas besoin aussi de respirer un air pur et salubre ? ».

En 1890, le Docteur Raffegeau achète au Vésinet un pavillon « la Villa des Doges », ancien pavillon de chasse, dans un parc de deux hectares afin d’y fonder son établissement d’Hydrothérapie et de convalescence.

En 2015, la clinique a réhabilité l’ancienne hydrothérapie en créant un espace dédié à la balnéothérapie et plus largement à l’approche corporelle dans les soins.

Le nom de la clinique : Villa des Pages

Le nom « Villa des Pages », choisi par le Docteur Raffegeau, fait référence aux Pages : jeunes nobles au service d’un seigneur et plus précisément au dernier duel autorisé entre François de Vivonne de la châtaigneraie et Guy Chabot de Montlieu le dix Avril 1547. En effet, à cette époque le Vésinet faisait partie de la forêt de Saint Germain en Laye ; terrain de chasse Royale. C’est à cet endroit « dit-on » qu’aurait eu lieu ce fameux duel.

En 1547, François de Vivonne de La Châtaigneraie fait courir le bruit que Guy Chabot de Montlieu aurait eu quelques aventures avec sa belle-mère Madeleine de Puy Guyon. Chabot indigné, exige réparation mais devant le haut rang des deux hommes, cela devient un règlement entre clans.

La Châtaigneraie, grand sénéchal de Poitou, filleul et enfant d’honneur de Francois Ier est le favori du dauphin, le futur Henri II. Guy Chabot est le fils du baron Charles de Jarnac, gouverneur capitaine de La Rochelle et le neveu de l’amiral Philippe Chabot de Brion. Mais, il est surtout, par son mariage avec Louise de Pisseleu, le beau-frère de la duchesse Anne d’Étampes, maîtresse de François Ier. Si François Ier avait interdit les duels, Henri II peu après son avènement en mars 1547, autorise le duel entre La Châtaigneraie et Chabot. Ayant malgré tout envie de laver son honneur, sans pour autant provoquer un drame, Chabot demande à Diane de Poitiers de faire interdire ce duel. Cette dernière refuse, voyant là l’occasion d’humilier la duchesse d’Étampes. La Châtaigneraie sera son champion et Chabot celui de sa rivale.

En avril 1547, François de Guise, duc d’Aumale est désigné parrain de La Châtaigneraie, le grand écuyer Claude Gouffier de Boissy sera celui de Chabot. Le connétable Anne de Montmorency est chargé d’arbitrer le combat. (Un des pavillons de la clinique porte son nom aujourd’hui)

Le dix juillet, dans la forêt de Saint-Germain-en-Laye, il y a foule pour assister à la rencontre : depuis le règne de Saint Louis, c’est la première fois que le roi autorise l’épreuve du duel judiciaire à mort. Toute la Cour est là, impatiente de voir les combattants en découdre. Dans la tribune royale, Henri II a pris place entre la reine Catherine de Médicis et Diane de Poitiers.

La Châtaigneraie se présente sous les vivats de la foule, fortement charpenté et musclé ; d’une adresse incomparable à l’exercice des armes, il est considéré comme l’un des quatre meilleurs jouteurs du royaume. Chabot, accompagné de quelques compagnons en habit noir, ne semble avoir aucune chance de l’emporter. Dès que le roi donne le signal de l’affrontement, les combattants se précipitent l’un vers l’autre, échangent de violents coups d’estoc et de taille. Plus léger et plus vif, Chabot esquive et pare les attaques avec adresse.

Soudain, alors qu’il semble tout près d’être défait, il porte à son adversaire un coup au jarret, puis un second au même endroit, qui tranche le muscle. La Châtaigneraie tombe, Henri II n’en croit pas ses yeux, Diane de Poitiers est folle de rage et Catherine de Médicis dissimule mal sa satisfaction. Chabot s’avance vers la tribune royale et « donne » La Châtaigneraie au roi, refusant de le mettre à mort, comme le règlement du duel lui en laisse le droit. Les partisans du vainqueur et du vaincu en viennent aux mains.

Mais les juges déclarent la « botte de Jarnac » régulière : Chabot a loyalement battu son adversaire. Henri II le confirme en proclamant : « Vous avez fait votre devoir. Votre honneur doit vous être rendu. » La Châtaigneraie mourra peu après, victime d’une hémorragie et du dernier duel judiciaire autorisé par un souverain. De l'issue tragique de ce fait divers va rester une expression, le « coup de Jarnac ».

Aujourd’hui, à la clinique, deux statues trônent à l’entrée du Pavillon des Pages représentant les deux protagonistes : Chabot et La Châtaigneraie.

Le fondateur de la clinique : Le Docteur Raffegeau (1855 - 1931)

Donatien Vincent Marie Raffegeau est né le 30 avril 1855 dans le bourg de Saint Germain sur Moine, petite commune du Maine et Loire (entre Nantes et Cholet). Fils de Donatien Raffegeau et de Louise Poilâne, le Docteur Raffegeau est issu d’une famille de sabotiers depuis plusieurs générations. Bon élève, il est envoyé au petit séminaire de Beaupréau ; jugé inapte au service militaire par le conseil de révision, il entreprend des études de médecine à la faculté d’Angers. Il se spécialise en psychiatrie et devient chef de clinique, il soutient sa thèse intitulée : « Du rôle des anomalies congénitales des organes génitaux dans le développement de la folie chez l’homme » le 23 février 1884.

En 1890, il acquiert au Vésinet une propriété de deux hectares autour d’une grande bâtisse : La villa des Doges.

Le Docteur Raffegeau était un disciple du Professeur Charcot qui conseillait l’isolement dans les maladies nerveuses. Il conçoit donc le projet de bâtir un certain nombre de pavillons indépendants afin de pouvoir appliquer cette méthode.

Au cours des dix années suivantes, six chalets seront édifiés autour de la Villa des Doges, rebaptisée Villa des Pages.

Le Docteur Raffegeau :

« Le service en est certes plus difficile et réclame un plus nombreux personnels, mais les avantages qu’on en retire sont une large compensation »

Le Docteur Raffegeau était membre élu de la Société médico- psychologique, président de psychologie appliquée, membre actif de l’association Française pour l’avancement de la science.

Le Docteur Mignon, son associé :

« Ce qui restera à sa gloire, ce qui dans la science médicale Française assurera à son nom l’immortalité, c’est la découverte qu’il fit en traitant l’épilepsie par le lumin ».

Son dévouement et sa disponibilité durant la grande guerre, au service des soldats blessés, lui vaudront la légion d’honneur.

Après avoir été conseillé municipal au Vésinet durant quelques années, c’est dans sa ville natale, à Saint Germain sur Moine, que le Docteur Raffegeau entre au conseil municipal après les élections des trois et dix mai 1908. Il est élu maire, cependant c’est sur son adjoint que reposera souvent la gestion de la commune, puisque durant ses premiers mandats, le Docteur Raffegeau, habitant toujours le Vésinet, ne fera que deux ou trois courtes apparitions par an dans sa mairie. Cela n’empêchera pas sa réélection à quatre reprises.

Le Docteur Raffegeau soutient également toutes les œuvres sociales : écoles, patronages, secours mutuels, sociétés des anciens combattants ; il fonde le bureau de bienfaisance. Il couronne le tout en faisant un don pour les pauvres et les malades ; en effet en 1930, Monsieur et Madame Raffegeau (1864 - 1943) font un don de deux cent mille francs à la commune de Saint Germain sur Moine pour installer une sœur infirmière pour les soins à domicile et le paiement des journées d’hospice aux vieillards indigents.

L’hospice, dit « Fondation du Docteur et de Madame Raffegeau » ouvrira en 1932 avec l’arrivée de la première religieuse de la congrégation des sœurs de Saint Gildas aidée par des bénévoles. Cet hospice sera érigé en établissement public communal le vingt trois juin 1947 puis, en maison de retraite appelée aujourd’hui « Résidence des sources ». La rue principale de la commune porte le nom du Docteur Raffegeau.

« Le nom du Docteur, auquel doit être intimement lié celui de Madame Raffegeau, restera pour les habitants de la commune de Saint Germain sur Moine, le symbole du désintéressement, de la bonté, de la philanthropie ».

Le Docteur Raffegeau et sa femme Cécile possédaient une résidence de vacances : « La Vecquerie » à Saint Nazaire, sur la route de la Baule. Achetée en 1908 cette maison aurai accueilli des patients de la clinique pour lesquels un séjour au bord de l’océan était indiqué : madame Raffegeau, assisté par du personnel infirmier et de maison, proposait des activités de relaxation, de gymnastique de natation mais aussi de la couture et du tricot.

Le Docteur Raffegeau est décédé le seize mai 1931 à l’âge de soixante seize ans, dans la commune de Saint Germain sur Moine où il est enterré.

Le docteur Leulier, neveu du Dr Raffegeau hérite de son oncle au décès de ce dernier.

Le docteur Leulier Roger, son fils, exploite à son tour la clinique avec son épouse Docteur Hélène Leulier, tous deux psychiatres et psychanalystes. Au début des années quatre vingt, deux psychiatres assureront la direction de la Villa des Pages jusqu’en 2002, année du rachat par le groupe CLINEA.

La Villa des Pages et la psychanalyse

A la clinique Villa des Pages, la psychanalyse fait véritablement son apparition dans les années quarante, avec l’arrivée de Monsieur et Madame Leulier formés à la psychanalyse et membres de la Société Psychanalytique de Paris (SPP).

Madame Leulier a été en analyse avec Sachat Nacht et Marie Bonaparte valide son entrée à la SPP.

Le Docteur Raffegeau s’était auparavant intéressé à l’hypnose, en effet, disciple du Professeur Charcot, il avait reçu en 1900, à la Villa des Pages, les membres du deuxième congrès d’hypnotisme expérimental et thérapeutique. En 1902, ses observations sont publiées dans un article intitulé : « De la suggestion en pédagogie » dans la revue d’hypnotisme et de psychologie. Le Docteur Raffegeau y décrit l’utilisation de la suggestion dans le traitement des enfants.

A partir des années cinquante, d’illustres Psychiatres et psychanalystes adressent leurs patients à la clinique : René Diatkine, Serge Lebovici, Paul Claude Racamier, Sacha Nacht, Paul Sivadon, Georges Daumezon, Georges Heuyer, pour ne citer qu’eux.

La clinique a toujours accueilli des enfants et des adolescents comme en témoigne les archives de la clinique.

Aujourd’hui encore, la Villa des Pages accueille des adolescents au sein d'un pôle dédié (unité temps plein Saint Victor et Hôpital de jour Paul-Claude RACAMIER) marqué par une orientation psychanalytique ainsi que des références à la psychothérapie institutionnelle.